07.04.2008
L'appel de Michaël Dubois
Maïa, Chantal, Clara et les autres.
Faudra t-il se sacrifier en place publique, en tenant à la main son dossier médical pour être entendu et nous permettre le choix de mourir sereinement et dans la dignité ?
Moi même atteint, à 60 ans, d’un cancer métastasé aux os, j’ai la chance d’avoir rencontré une équipe médicale palliative qui a pris en charge ma douleur.
Avec efficacité, compassion, sympathie.
Tous les intervenants ne suivent d’autres directives que celles d’un «humanisme vivant» dans lequel ne transparaît aucun dogme religieux et aucune loi mercantile.
Au-delà de protocoles médicaux efficaces pour éradiquer la douleur, rien n’est prescrit, sinon le respect et le bien-être du malade.
Quoiqu’il advienne de ma survie, je n’aurai jamais assez de mots pour remercier la maison médicale Jeanne Garnier.
Mais, malgré la reconnaissance et le confort physique que je ressens aujourd’hui au sein de cet établissement, arrivera un moment où la dégradation du corps et du cérébral deviendra insupportable. Dans ce cas je souhaiterais sortir du palliatif pour mettre fin à mes jours. Si possible en toute sérénité, à l’heure de mon choix et entouré de l’amour des miens.
Je sais ce qui m’attend à plus ou moins brève échéance. Inutile de le répéter, Clara Blanc l’exprime clairement dans ses arguments et ses doutes «A un moment, je pense que je serai alitée, complètement dépendante, je me chierai dessus, il faudra me donner la becquée, je ne pourrai pas lire, ni regarder la télé, tellement assommée par les antalgiques que je ne pourrai pas soutenir une conversation. Quel est le sens de tout ça ?», s’interroge-t-elle. «Ce n’est pas moi, d’être un légume.» Clara Blanc dit qu’elle ne sait quand, ni comment elle voudrait mourir. Pas maintenant, assurément. Mais elle ne sait pas «jusqu’où elle pourrait aller, ce qu’elle pourrait encaisser». ( source : Journal Libération 2/04/2008).
Si, cliniquement, sa situation est irréversible qui peut s’opposer à son désir de suicide légitime et programmé. Si cette femme avait une arme et qu’elle s’en serve pour le même motif et le même résultat, qui serait interpellé par sa disparition exceptés ses proches et ses amis ? La loi ? Le Ministre de la Santé ? Certes non.
Le fait divers ne ferait pas trois lignes dans les journaux locaux.
L’affaire qui nous préoccupe - le suicide assisté - est essentiellement humaine. C’est humainement qu’il faut la conduire. Un dossier médical sérieux, un malade convaincu dans sa démarche et l’aide d’un comité ou d’une association sans éthique ni croyance telle l’ADMD suffirait à gérer ce type de demande.
Combien sommes nous de malades en pleine conscience et prêts à réagir comme Clara ou Chantal ? Une poignée de citoyens qui préférons choisir une assistance médicale pour mourir sereinement plutôt que nous dégrader lentement, dans l’indignité et dans l’angoisse de la souffrance. D’autant que cette conviction ne devient pas référence tant elle est spécifique, exclusive, voire intime si nous n’étions pas contraints à la revendiquer comme un droit imprescriptible : celui d’être « propriétaire » de notre vie.
Les éthiques sacralisées et les prescripteurs de conscience qui s’opposent au suicide assisté ne sont pas dignes de prendre part à ce débat. Voilà plus de deux mille ans qu’ils infligent au monde une régression spirituelle. Hier par le sang, aujourd’hui par ce conservatisme omnipotent, insidieux et hypocrite avalisé, entre autres, par le politique en la personne de Christine Boutin, éminence grise du Vatican. (1)
Je ne pense pas que sa présence soit nécessaire au sein d’un débat laïc. Lequel met en cause des émotions, des sentiments, des respects dont la morale catholique a toujours tenté de nous déposséder.
Si vous lisez ce texte, Clara, sachez que je souscris à votre démarche et que je suis prêt à contribuer, par tous moyens légaux et hors toutes manipulations, à revendiquer le même droit que vous ou Chantal. Je suis convaincu que d’autres malades partagent notre opinion. Je suis à votre disposition pour en parler et fairefront commun pour être entendu des pouvoirs publics.
Michäel Dubois
(1)À la Curie romaine, Christine Boutin est consulteur du Conseil pontifical pour la famille, une fonction correspondant à celle d'expert consultatif (4 consultations depuis 1995) du cardinal Alfonso Lopez-Trujillo, président de ce conseil. (source Wikipedia).
19:00 Publié dans Appel Michäel Dubois | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : admd, fin de vie, euthanasie, michäel dubois




