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24.10.2007
Lettre de Philippe Bisson, adhérent de l'ADMD, à Madame Roselyne Bachelot, ministre de la santé
Madame la Ministre,
Mandatée par Monsieur Philippe DOUSTE-BLAZY pour évaluer l'avancement des soins palliatifs en France, Madame de HENNEZEL vient de vous remettre son rapport, dont j'ai pris connaissance sur le site Internet de La Croix.
D'abord offusqué par certains éléments de son contenu, j'ai ensuite décidé de chercher à en faire une analyse constructive.
Oui, en dénonçant les insuffisances du développement des soins palliatifs dans les régions, Marie de HENNEZEL fait oeuvre utile et je l'en remercie. Il ne manque dans ce rapport ni la faiblesse de la culture palliative du monde médical, ni sa méconnaissance des textes réglementaires et en particulier de la Loi LEONETTI, ni l'omission des bonnes pratiques en fin de vie, ni l'oubli des aspects psychologiques de la souffrance des mourants dans l’organisation de leurs soins. On peut même trouver Madame de HENNEZEL globalement sévère à l'égard d'un corps de soignants qui est, de mon point de vue, aussi hétérogène que tous les autres corps de métier, et qui comprend beaucoup de personnes soucieuses de respecter la loi, compétentes, humaines, voire généreuses
Oui, en dénonçant l'insuffisance des financements et des structures palliatives, qu'il s'agisse du nombre d'unités de soins palliatifs, de lits identifiés, d'équipes mobiles, d'infirmières de nuit et de médecins, Madame de HENNEZEL fait oeuvre utile. Je l'en remercie.
Après avoir rappelé les progrès techniques récents des soins palliatifs, rappelé le vote de la loi qui en a fait un droit du patient en 1999, rappelé les efforts des derniers Ministres-Médecins pour les développer, Marie de HENNEZEL s'écrie néanmoins: Meurt-on pour autant dans des conditions de dignité et d'humanité dans notre pays ? Rien n'est moins sûr! Merci à Madame de HENNEZEL, de s'en faire le témoin. D'autant qu'elle est un témoin accrédité, ce qui n'est pas mon cas.
Mais venons en maintenant aux passages du rapport qui m'ont offusqué. Ils concernent le problème important dont Madame de HENNEZEL ne nie pas l'existence et qu'elle appelle les cas limites" si rares fussent-ils à ses yeux.
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Parmi ceux qui ont été les plus médiatisés, celui de Vincent HUMBERT est le plus dramatique, mais celui de Maïa SIMON symbolise sans doute l'attente de la majorité des Français libres de toute contrainte religieuse ou metaphysique.
Madame de HENNEZEL écrit ceci :
La grande majorité des médecins et des soignants estiment qu’il est de leur devoir de protéger les plus vulnérables, et ne sont pas en faveur d’une modification du code pénal, conscients des dérives possibles d’une loi qui ouvrirait à la possibilité d’éliminer ceux qui nous dérangent. Cette tentation existe déjà chez nos voisins des Pays-Bas et de Belgique, puisqu’on y envisage déjà d’étendre l’euthanasie aux grands dépressifs et aux déments. Pourquoi serions-nous plus prémunis de ce risque que nos voisins ? »
"Comme je le soulignais dans le rapport que j'avais remis à J.F Mattei (p 111) en septembre 2003, "le recours aux arrêts de vie ne peut pas être justifié sticto sensu, ni admis comme une pratique tout simplement normale. Pourtant, sous certaines conditions, il peut être non seulement justifié, mais déclaré éthique, à condition que son caractère transgressif soit maintenu"
Il faudra sans doute que nous réfléchissions à l’élaboration d’une circulaire en direction des juges leur demandant de prendre en compte ces situations extrêmes et de ne pas poursuivre des médecins qui invoqueraient la nécessité pour justifier leur décision et leur acte. Cela nous éviterait de modifier le Code pénal.
Les médecins-conseils de Madame de HENNEZEL mettent en garde contre la possibilité « d'éliminer ceux qui les dérangent, les malades mentaux.... Ces médecins ne connaissent à l'évidence qu'une euthanasie, celle des nazis. Ils n'ont pas lu la loi belge, que j'ai sous les yeux, et qui prend toutes précautions pour que l'euthanasie ne soit appliquée qu'à des patients qui en ont formulé la demande de manière volontaire, réfléchie et répétée et qui sont majeurs capables et conscients au moment de la demande. Voilà bien des garanties qui manquent dans l'euthanasie clandestine « à la française », qui se pratique depuis des lustres dans notre pays et dont Madame de HENNEZEL veut conserver le caractère transgressif » pour lui préserver sa « éthique »........
Mais puisqu'il est question de maladie mentale, je vous demande, Madame la Ministre, de prendre en considération le sort de tous ces vieillards que la déchéance de l'esprit effraie. Vous avez bien dû déjà voir ces personnes âgées qui, atteintes par la Maladie d'Alzheimer ou plus fréquemment encore par le simple vieillissement, commettent sottises sur sottises, saccageant parfois les réalisations de toute leur vie ou rendant la vie impossible à leurs familles. Vous avez bien dû voir aussi une grand'mère qui ne reconnaît plus les êtres qu'elle a le plus aimés de son vivant. Cette perspective est pour nous l'insupportable de l'insupportable. Elle peut surpasser les eur de souffrir, peur d’être victime d’acharnement thérapeutique, peur d’être abandonné et de mourir seul que Madame de HENNEZEL identifie comme seules motivations des personnes demandeuses d'euthanasie. Pour éviter cette déchéance supprême, nous n'avons, dans l'état actuel de la législation française, pas d'autre solution que de nous donner nous-même la mort. Mais encore faut-il que nous soyons en mesure d'accomplir l'acte. Il ne faudra pas laisser passer l'heure. Nous vivons dans l'angoisse permanente de nous décider trop tard. Faudra-t-il le faire dès les premiers signes? Et d'ailleurs quels sont-ils, précisément, ces premiers signes? Les optimistes dépassent l'heure. Les pessimistes se tuent trop tôt. Les maladroits se ratent. Les riches vont en Suisse. Les plus lâches (c'est comme cela qu'on les nomme parfois) ne se tuent pas et deviennent des légumes s'ils n'ont pas la chance que quelque autre organe vital les lâchent assez tôt. Vous comprendrez sûrement que nous préférerions partager notre angoisse avec notre médecin, choisir avec lui le meilleur moment, rédiger nos directives anticipées - elles sont faites pour cela (loi LEONETTI) – et nous préparer sereinement à mourir dignement. Veuillez le noter, Madame la Ministre: nos médecins ne procéderaient pas dans cette hypothèse à « l'élimination de malades mentaux »; ils permettraient seulement à des vieillards de vivre le mieux possible le plus longtemps possible.
Enfin le plus choquant du rapport de Madame de HENNEZEL est encore la solution qu'elle vous propose pour régler les cas limites, celui des euthanasies illégales mais jugées « éthiques » à ses yeux comme aux nôtres. Une circulaire ministérielle demanderait aux juges de ne pas poursuivre..... c'est-à-dire de ne pas appliquer la loi.
Messieurs les Juges, brûlez vos codes. Moi, Marie de HENNEZEL, je vous dirai qui est coupable et qui ne l'est pas.
On comprend qu'avec une telle conception de l'Etat de Droit, Madame de HENNEZEL soit obsédée par les risques de « dérives ».....
Madame la Ministre, La France entière, tous les Français, sont demandeurs de soins palliatifs. Ils attendent la concrétisation des lois qui ont été votées. Les errances du rapport de Madame de HENNEZEL ne doivent pas occulter la réalité du retard à leur mise en place. Si le corps médical a des progrès à accomplir, le plus grave réside encore, d'après ce que je vois autour de moi, dans les insuffisances structurelles et financières. Nous vous supplions d'y porter remède.
A côté de cela, plusieurs sondages successifs ont montré qu'environ 80% des Français étaient favorables à la dépénalisation de l'euthanasie. Ce ne serait pas une loi « sociétale » comme certains le prétendent, car rien ne sera imposé à quiconque. L'euthanasie ne sera imposée à personne. La pratique de l'euthanasie ne sera imposée à aucun médecin. Il ne s'agira que de respecter une des libertés individuelles fondamentales, promises dans son préambule par notre Constitution, le droit à disposer de sa vie. Sans porter préjudice à quiconque.
Combien de temps la proposition de loi Vincent Humbert - de l'association « Faut qu'on s'active ! » - et la proposition de loi sur l'aide active à mourir de l'Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité – se heurteront-elles encore à un déni de démocratie?
Notre culture originelle a fait d'énormes concessions depuis la promulgation des Droits de l'Homme et du Citoyen. Elle en fait tous les jours. Elle devra en faire encore et encore. Quand fera-t-elle celle-là? Nous avons adopté la loi VEIL qui pourtant interrompt un début de vie. Nous attendons la loi BACHELOT pour pouvoir mettre fin dignement à une vie achevée. Nous comptons sur vous.
Je vous prie d'agréer, Madame la Minsitre, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux.
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12:30 Publié dans Messages d'Adhérent(e)s, Vie de l'association | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Admd, euthanasie, Philippe Bisson, Roselyne Bachelot, Marie de Hennezel





Commentaires
Bonjour Monsieur BISSON,
La position de Madame de HENNEZEL ne nous surprend pas, elle seule détient la vérité…..
Nous lui avons adressé notre témoignage, celui de parents qui n’avons pu dire « AU REVOIR » à notre fils de 16 ans, nous attendons encore à ce jour un message de sa part.
Et pourtant la situation indigne dans laquelle notre fils est parti aurait dû la faire réagir, comme elle aurait dû faire réagir l’ensemble de la classe politique de droite comme de gauche à qui nous avons envoyé notre témoignage.
« Messieurs les Juges, brûlez vos codes. Moi, Marie de HENNEZEL, je vous dirai qui est coupable et qui ne l'est pas. » Cette phrase nous interpelle, Madame de HENNEZEL fait de beaux discours et se place au centre d’un débat qui ne lui appartient pas mais qui appartient à tous les citoyens.
De quel droit des personnalités se permettent de prendre des décisions sans consensus, sur des sujets aussi graves, aussi destructeurs suivants les cas…
En tant que mère si elle avait vécu ce que nous avons vécu dans la fin de vie de notre fils elle se battrait pour que plus jamais, l’irrespect et les droits de l’être humain soient ainsi bafoués.
Notre départ de ce monde dans certains contextes, nous appartient, plutôt que la déchéance, nous préférons la dignité, partir avec les traits du visage appaisés et non déformés par la souffrance. La mort douce dans la fin de vie quelque soit l'âge de la personne doit s'inscrire comme un acte d'amour, une délivrance... Et non une punition....
En tant que citoyens et parents d’un enfant de 16 ans qui est parti dans la souffrance, le déni, l'hypocrisie de ne pouvoir dire " AU REVOIR " dans l’amour, nous demandons que cesse cette pratique d'un autre temps.
Il faut demander que sur un sujet aussi important un référendum soit au plus vite mis en place car ce n’est pas aux politiques de décider de cela mais bien à chacun de nous, notre mort ne leur appartient pas…
Cordialement
Ecrit par : philippe | 24.10.2007
entièrement d'accord avec ces courriers.
les soins devraient tous être "palliatifs": supprimer la souffrance est une nécessité, réclamée par presque tous, et nous en avons les moyens. Qui croit encore à la souffrance rédemptrice? quelques uns certes, pour lesquels nous devons respecter leurs volontés comme celles de ceux qui refusent la souffrance.
Pour cela l'écriture de ses directives anticipées et de la désignation d'une personne de confiance, légale, est extrêmement importante, dès l'âge de 18 ans , âge où chacun devient responsable de lui-même. Nous sommes tous mortels, suceptibles d'être malades, et nous devrions pouvoir choisir les soins acceptés et ceux que l'on refuse, en fin de vie ou en cours de vie.
Soins palliatifs: cela signifie aussi écoute de la personne, écoute de son entourage, soit faire de la médecine, trop technicienne maintenant, une médecine humaine, ce" qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être.
mais les techniques ont envahies les études de médecine, au détriment de la psychologie, de l'humanisme, de la philosophie... remettons l'usager au coeur de tous les soins, respectons ses choix, les médecins doivent bien sûr, faire un diagnostic et ne pas le cacher, se prémunir d'une erreur en consultant des collègues (travail d'équipe), e^xpliquer les conséquences de tel ou tel soin ou absence de soins, pour que chacun puisse choisir en connaisance de cause.
Heuresement, tous les médecins ne sont pas de froids techniciens, mais il y en a encore trop.
Ecrit par : jsalenson | 31.10.2007
Bonsoir Monsieur Bisson,
Je tiens à réagir au terme "légume" que vous avez employé à propos de ces personnes âgées en fin de vie grabataires, déméntes.
Pour les côtoyer quotidiennement , je constate qu'un échange est possible . Il est de l'ordre émotionnel. Même s'il existe un chaos cognitif où la pensée n'est plus possible , la personne ressent.
Pour ces raisons le terme "légume" me parait péjoratif.
Cela ne change en rien le sens de votre courrier pour lequel je suis d'accord sur le fond.
Vous remerciant de votre attention.
B.Villers
Ecrit par : Villers | 01.11.2007
Bonjour M. Villers,
J'entends par "légume" les personnes qui en sont réduites au "stade végétatif". Sentent-elles encore quelque chose bien qu'elles ne manifestent aucune réaction ? La personne de ma famille qui m'a donné ce spectacle souffrait-elle ou pas ? Incapable de répondre. Mais je ne veux pas donner un tel spectacle à ma famille et lui laisser cela comme dernier souvenir.
Ecrit par : BISSON | 08.11.2007
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