« L'ADMD lance un annonce dans le Parisien de ce jour concernant l'oépration "100 marchés pour notre dernière liberté" | Page d'accueil | André Vézinhet, député de l'Hérault et président du Conseil général, interpelle Roselyne Bachelot, ministre de la santé, sur l'ADMD et l'euthanasie »
11.02.2008
Marguerite "La vieille dame qui voulait mourir" : Le Monde lundi 11 février 2008
Elle s'est éteinte doucement, en s'endormant, exactement comme elle le souhaitait. Les 15 grammes de Penthotal qu'elle venait d'absorber, un puissant hypnotique utilisé en anesthésie, ont eu un effet quasi immédiat. Sa tête est retombée lourdement sur sa poitrine, emportée par un sommeil sans rêve. Ses amis proches l'ont allongée sur le lit de la chambre d'hôtel : quelques instants après, son coeur s'est arrêté. Un magistrat du parquet, un greffier, trois policiers et un médecin légiste ont alors pénétré dans la pièce pour constater le décès.
Marguerite Messein a eu une mort paisible, sereine, celle qu'elle a toujours revendiquée. Son suicide médicalement assisté, survenu le 20 novembre 2007 dans un hôtel anonyme des environs de Zurich, en Suisse, a été un acte mûrement réfléchi, l'aboutissement d'une démarche de plusieurs années. A 82 ans, Marguerite Messein a eu recours aux services de Dignitas, seule association suisse à offrir aux étrangers souffrant de maladie incurable la possibilité de mourir à leur convenance. Après le décès de la comédienne Maïa Simon, dans les mêmes circonstances, le 19 septembre 2007, la mort de Marguerite Messein porterait à dix-huit le nombre de Français qui ont décidé de s'exiler pour mourir.
C'était un choix irrévocable. A l'image de cette maîtresse femme, à la beauté imposante et à la classe folle, qui a toujours pris son destin en main. Elevée chez les religieuses, en rupture de ban avec sa famille au sortir de la guerre, elle a été successivement mannequin, vendeuse, ouvreuse et esthéticienne, avant d'ouvrir une école d'esthétique qu'elle a dirigée jusque dans les années 1980. Dans le quartier Gambetta, à Paris, où elle a vécu toute sa vie, elle était surnommée la "dame du Père-Lachaise". Tous les jours, elle se promenait dans le cimetière voisin, dont elle connaissait les moindres recoins.
En 1982, une première récidive d'un cancer de l'utérus la convainc d'adhérer à l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). A l'époque, elle a déjà dans l'idée de pouvoir "partir à son heure". En 2000, son état de santé s'aggrave, elle est soignée pour un cancer du colon. Mais c'est le décès de son mari, d'une complication d'un cancer des os, en janvier 2003, qui forge sa détermination. "Ça m'a traumatisée, racontait-elle, ça a été quelque chose d'épouvantable. Mon mari n'avait pas mes idées, il ne voulait pas mourir. Il était aux soins palliatifs de l'hôpital des Diaconesses, un service formidable. Je l'ai vu descendre, descendre, avec la morphine. A la fin, il était très maigre, il n'avait plus rien de lui. C'était absolument l'horreur."
Marguerite se jure qu'elle ne connaîtra pas cette déchéance physique. Son mari décédé, elle se retrouve seule, sans famille proche. Il y a quelques années, elle a coupé les ponts avec son fils unique. En 2006, un accident cardio-vasculaire l'affole et la plonge dans "la terreur d'être diminuée" en cas de nouvelle attaque. Elle pense alors au suicide, mais répugne à attenter à sa vie de façon violente. Et puis elle revendique le droit de mourir en toute tranquillité : "J'ai milité pour la bataille de l'avortement dans les années 1970, je milite désormais pour l'euthanasie, disait-elle. On a permis aux femmes de maîtriser la vie, et on empêcherait les personnes de maîtriser leur mort ? C'est un non-sens, je ne comprends pas que la France me dénie ce droit."
Courant 2006, elle contacte Dignitas. L'association enregistre son adhésion mais lui fait part de ses difficultés à répondre aux sollicitations qu'elle reçoit. "Certaines autorités du canton de Zurich essaient de nous entraver dans l'accomplissement de notre tâche, lui écrit l'association, le 28 mars 2007. Nous avons de plus de plus de difficultés à trouver des médecins prêts à examiner les membres de Dignitas et à rédiger l'ordonnance nécessaire." Marguerite est inquiète, elle craint de ne pouvoir aller jusqu'au bout de sa démarche. Mais sa volonté reste intacte : tous les quatre mois, conformément aux statuts de l'association, elle remplit un nouveau dossier de demande, lettre de motivation à l'appui.
Quelques jours avant le suicide assisté de Maïa Simon, Dignitas contacte Marguerite, pour qu'elle rencontre un médecin suisse. Le 11 septembre 2007, elle fait le voyage pour Zurich, accompagnée de Claude Hury, une militante et amie de l'ADMD, qui l'accompagnera jusqu'à la fin. La vieille dame est nerveuse, craint de louper l'heure du rendez-vous. "Cela s'est passé merveilleusement bien, mais c'est bigrement sérieux, nous racontera-t-elle quelques jours après. J'ai été reçue par un médecin très barbu aux yeux bleus, très pénétrants, une sorte de Père Noël. Il m'a tenu la main pendant tout l'entretien. Il voulait vérifier si j'avais bien toute ma tête, si je n'étais ni dépressive ni sous influence."
Marguerite confie sa détermination d'en finir, coûte que coûte. "Je lui disais : si vous ne m'acceptez pas, de toute façon, je me jetterai sous un train ou sauterai d'un immeuble." Après deux heures d'entretien, le médecin accepte de rédiger l'ordonnance qui permettra aux membres de Dignitas de retirer en pharmacie le produit létal. Puis il lui demande de choisir la date. Marguerite veut faire vite : ce sera le 20 novembre.
De retour à Paris, elle dit se sentir "sereine", enfin dégagée de l'angoisse que sa démarche ne puisse aboutir. Ses dispositions testamentaires déjà réglées - une partie de ses biens est revenue à l'hôpital des Diaconesses -, elle s'occupe de ses obsèques, organise avec les pompes funèbres la réception de l'urne qui contiendra ses cendres. Elle choisit les faire-part d'annonce de la cérémonie au Père-Lachaise, établit la liste des personnes conviées.
Quelques jours avant sa mort, elle semblait plus vivante que jamais. Dans son grand appartement haussmannien, empreint de l'odeur capiteuse de son parfum, elle revisitait les souvenirs, compulsait ses albums photo, sans nostalgie. L'étrange compte à rebours ne semblait pas lui peser. "C'est assez curieux, je compte les jours, expliquait-elle simplement. Je ne suis pas encore partie, mais je ne suis plus tout à fait là. Je suis entre deux eaux. C'est comme quitter un rivage. Je n'ai qu'une peur, c'est de ne pas y arriver." Avait-elle des regrets, des doutes parfois ? "Aucun, je suis seule, je veux en finir. On ne peut pas vivre sans amour. Il faut cette chaleur, cette présence, sinon c'est impossible."
18:10 Publié dans Témoignage, Web | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Admd, fin de vie, euthanasie, affaire d'euthanasie





Commentaires
J'ai 74ans et encore une fois ce témoignage conforte ma décision, depuis longtemps réfléchie,de vouloir mourir dans la dignité et en pleine conscience.Je sais la difficulté, la volonté qu' il faut déployer pour cela. Je regrette profondément que notre beau pays laïque porteur des valeurs essentiellements si humaines, inscrites au frontispices de nos institutions soit si timoré.
Ecrit par : PRUVOST | 14.02.2008
Magnifique. Voilà comment mon épouse et moi-même aimerions mettre fin à nos jours si notre vie ne vaut plus la peine d'être vécue. Merci à l'ADMD dont nous sommes membres. Merci à l'association Dignitas pour cette mort si digne et si propre.
Ecrit par : Wisselmann René | 14.02.2008
Quand donc aurons-nous ce droit-là en France ?
Merci pour ce témoignage émouvant et oh combien réconfortant !
Ecrit par : Voury Claude | 14.02.2008
Je suis adhérent de l' ADMD depuis juin 2000 (56118) et j envie la chance de Marguerite qui est partie comme elle le désirait, DANS LA DIGNITE.
faudra t il attendre encore des années pour qu on écoute les milliers de personnes qui demandent LEUR DROIT à décider eux même de leur fin de vie.
Ecrit par : pascal Cecconello | 14.02.2008
Je sais que l'on souffre autant de la douleur morale, si ce n'est plus, que de la douleur physique qui peut être mieux soulagée par la médecine; j'en ai fait la triste expérience avec un proche.
Nous n'avons pas demandé à venir au monde, aussi, je pense, comme beaucoup, qu'arrivé à un âge avancé et que l'on estime avoir vécu mais avec un pauvre avenir en perspective, il est intolérable de nous empêcher de partir dignement et quand on le désire.
Ecrit par : ARBEZ Nicole | 14.02.2008
j'hadère enièrement au désir de ces personne qui souffrent moralement ou physiquement . Les deux souffrance rendent la vie insupportable. Il serait temps que nos politiques frileux légifèrent ou pour le moins examinent et débatent sur ce sujet. Cette perspective de pouvoir décider de notre vie et de notre mort nous rendrait la vie plus simple . Quand à un age avancé la vie nous devient insupportable à quoi bon nous obliger à vivre.
Ecrit par : denise Boisgard | 14.02.2008
Qu'en est t'il des maladies neuro-dégénératives comme l'Alzeimer où le pronostic vital n'est pas en jeu à court terme ?
Ecrit par : Bélingard | 15.02.2008
La mort était au rendez-vous et vous y êtes allée le coeur léger, comme pour des épousailles éternelles.Si vous nous observez depuis quelque part, sachez que votre geste est admirable et que le moment venu, et choisi par moi-même, je ferai la même chose. Verrait-on un acteur s'obstiner à rester sur scène alors que la pièce est terminée!Il faut savoir sortir de scène avec les honneurs, avant que d'être pratiquement mort et sans force pour rejoindre la Camarde! Vous qui passerez devant sa tombe, le seul fait que vos yeux caressent son nom la fera encore vivre, car la véritable mort, c'est quand plus personne ne se souvient de vous!
Ecrit par : jean-louis girones (974) | 15.02.2008
J'adhère en effet à tout ce que je viens de lire dans ce blog.J'ai adhéré à l'admd en juillet 2007.Depuis j'en parle autour de moi.En effet nous n'avons pas demandé à naître mais toute ma vie a été une lutte pour tenter de contrôler son déroulement ; maintenant je souhaiterais ne avoir à aller en Suisse pour décider quand je voudrai d'y mettre fin.
Ecrit par : yves le guennec | 15.02.2008
L'ADMD a lancé une grande campagne nationale de sensibilisation des pouvoirs publics. En envoyant nos Cartes postales à votre député et à vos sénateurs, vous leur demanderez de légiférer sur la question de la fin de vie.
Ces cartes sont disponibles dans le dernier numéro (106) de notre bulletin trimestriel. Elles peuvent également être téléchargées sur notre site. Vous pouvez enfin en obtenir quelques exemplaires en téléphonant au siège (01 48 00 04 16).
Cordialement,
PhL
Ecrit par : Philippe Lohéac | 15.02.2008
Marguerite MESSEIN etait une amie tres proche ! Elle m'a vu bébé, et était avec son mari, une grande amie de mes parents depuis presque 50 ans ! Cet article sur elle est tres bouleversant pour moi, bien que découvert aujourd'hui sur Internet ! Elle serait heureuse de cet article qui lui rend bien honneur ! C était une grande dame ! Merci pour elle !
Ecrit par : cendrine Georgeaud | 17.05.2008
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.