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02.04.2008

Chantal et les Pilates : Texte de Gérard Lenne, délégué du 10ème ardt de Paris

2093874916.jpgLe cas de Chantal Sébire est en tout point exemplaire. Voici une femme qui a voulu faire de sa mort un symbole, qui a bravé toutes les hypocrisies. Bien sûr, elle aurait pu faire le voyage en Suisse, le même que faisaient jadis celles qui, hors la loi, avaient décidé d’avorter. Tous les Ponce Pilate en eussent été ravis, l’institution judiciaire autant que le corps médical, la Garde des Sceaux comme le Président de la République.

Chantal Sébire a refusé cette facilité. Elle est allée devant la justice de son pays, sans illusions certes. Quel juge placé dans cette situation n’eût été soulagé de pouvoir y répondre par l’inévitable et fameuse esquive : « Je n’y peux rien, je ne peux qu’appliquer la loi ».

Discours repris par une Rachida Dati impatiente de s’en laver les mains elle aussi, et entériné par un Président qu’on avait connu plus audacieux en temps de campagne électorale. Il avait tenu alors un autre discours, mais s’était vite ravisé sous l’influence d’une « rivale ralliée », bigote de grande envergure qu’il s’agissait alors de ne pas contrarier et qui, aujourd'hui ministre, se répand en insultes ad hominem dès qu’on prononce le mot tabou : euthanasie.

Ce qui s’est passé aujourd'hui est assez ignoble. On a rejeté Chantal Sébire, on a refusé de l’écouter, on s’en est lavé les mains ! Mais la mort, ça ébranle un peu, tout de même. Et puis l’opinion publique en a été touchée, et il ne faut pas fâcher l’opinion publique. Alors, les mêmes qui, hier, ne manifestaient qu’une froide insensibilité, tournent en partie leur veste. La loi Léonetti, parfaite hier aux yeux de Madame Dati, devrait ce matin être « aménagée ». Le chœur des hypocrites lui emboîte le pas. On annonce à l’Elysée la création d’une commission dont les conclusions, demain, seront aussi vite bafouées, sans doute, que celles de la commission Attali.

Cela signifie-t-il que notre pays si avancé, demain, ne sera plus en retard sur la Belgique ou sur la Suisse ? On peut en rêver mais quand on sait que même la très insuffisante loi Léonetti est encore loin d’être appliquée, on peut également en douter.

C’est pourquoi le sacrifice de Chantal Sébire prend tout son sens. En accord avec ses proches et avec son médecin, elle a défié l’institution judiciaire qui cherche en vain des preuves, des indices, mais ne trouve et ne trouvera rien. Car en l’état actuel de notre législation, quiconque l’aurait aidée, quiconque lui aurait porté secours, serait demain sur les bancs des tribunaux. Elle n’a pas voulu cela, elle a mis les « autorités » au pied du mur, elle les a vaincues.

Ce faisant, elle a souligné d’une manière aveuglante les lacunes de notre système. Une loi boiteuse, un corps médical majoritairement conservateur, des groupes de pression religieux, un personnel politique réticent à tout engagement grave… Et tout cela continue de fonctionner tant bien que mal. Sauf quand survient hier un Vincent Humbert, aujourd'hui une Chantal Sébire. Alors, il va devenir impossible de s’en laver les mains avec des discours lénifiants. Un Nicolas Sarkozy, qui a réagi exactement à l’instar d’un Jacques Chirac, ni plus ni moins, va être contraint de prendre parti, et après lui le législateur. Ils auront des comptes à nous rendre. Ils devront enfin adopter, ce qui leur fait horreur, une position claire. Alors, nous saurons que nous le devrons en grande partie à Chantal Sébire et à ses compagnons d’infortune.

Gérard Lenne

Délégué 10ème ardt

Commentaires

Je suis entièrement d accord avec Gérard Lenne le seul commentaire que j'ose faire, est sur le ton employé; je pense que nous avons tout à gagner à mesurer nos mots, laissons la polémique à nos adversaires, nos arguments sont suffisamment forts et adressons nous aux citoyens de notre pays, ce sont eux qu'il faut continuer de mobiliser. Osons.

Ecrit par : Gouillard Pierre | 02.04.2008

Je partage les colères de Gérard Lenne.
Mais comme le souligne justement Pierre Gouillard, la polémique est à laisser à nos adversaires.
Sérénité et hauteur de vue sont maintenant nécessaires pour alimenter de manière constructive le débat qui s'ouvre. Notre position sera d'autant plus forte qu'elle s'alimentera d'une réflexion collective interne à l'admd. L'analyse des drames qui ont si fortement interpelé les Français, doit indubitablement comportée un examen de la position des leaders politiques (au pouvoir et dans l'opposition), des médecins, des soignants, des intellectuels et philosophe, des leaders religieux. Notre finalité n'est pas de fournir une expertise de plus dans l'élaboration de la loi, mais de traduire les volontés et aspirations citoyennes, des membres de l'admd et si possible de tous les autres.

Ecrit par : Daniel Carré | 02.04.2008

Comment au nom de la seule volonté de Dieu ???? (pour les croyants) devrions nous souffrir !!!!! s' il y a un mystère, il est bien là ?? !!

L'on tue en son nom !!!! et celui demandant à ne plus souffrir devrait attendre son tour !!!! l'instant pour les croyants !!!! de son rappel auprès du créateur !!!!

Tout cela est indigne d'une société chrétienne !!!! l'humanité n'a pas besoin de loi, elle est dans le coeur des HOMMES.

Adieu Chantal, dites nous si les HOMMES sont moins sourds aux souffrances des autres, s'il vous est permis ????!!!!!

Ecrit par : Rességuier | 20.04.2008

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