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14.04.2008
Témoignage de Jacqueline Jencquel, déléguée nationale de l’ADMD
Après avoir lu le débat au Sénat, la réaction de notre ministre de la Santé me choque et m’émeut d’autant plus que les appels au secours se font de plus en plus nombreux dans notre pays. Je voudrais donc raconter ce qu j’ai pu vivre personnellement en Suisse.
Elke Baezner, présidente de la Right to Die Europe et membre actif de Exit Suisse Romande m’appelle un jour à Paris et me demande si j’aimerais assister à un accompagnement en Suisse. Je n’ai pas hésité et deux jours plus tard j’étais dans le TGV direction Genève.
Elke vient me chercher à la gare et nous allons dans l’appartement de Monsieur S.G dans le centre de Genève. Ses amis nous ouvrent. Ils sont 4 à avoir été invités à partager les derniers moments de Monsieur SG qui arrive en ambulance depuis l’unité de soins palliatifs dans laquelle il a passé ses derniers mois. Il est atteint d’un glioblastome fronto-pariétal droit (cancer du cerveau) avec un pronostic fatal. Il a perdu l’équilibre, n’arrive plus à marcher tout seul et son côté gauche est paralysé, ce qui le rend complètement dépendant pour effectuer ses tâches quotidiennes comme se déshabiller et aller aux toilettes… Il a 69 ans, des yeux très bleus et un sourire magnifique .Ses amis l’aident à s’installer dans un fauteuil, son médecin traitant est présent. Il demande à boire un verre de porto avec nous et nous bavardons. Il me demande si je fais partie d’Exit et je lui réponds que je viens de France, de l’ADMD et que nous n’avons pas encore la possibilité de partir en douceur dans notre pays… Il me sourit et me dit. "je vous aiderai une fois que je serai là-haut".
Elke Baezner lui dit : "Vous savez ce qui va se passer. Vous allez mourir .. Est-ce toujours ce que vous voulez ?" Sans une seconde d’hésitation il répond " oui ". Donc elle lui donne un anti-émétique et nous attendons une demi-heure en bavardant avec lui. Puis Elke va à la cuisine et je l’accompagne, elle dilue la poudre (sodium de pentobarbital) avec un peu d’eau et puis elle revient dans le salon dans lequel est placé un lit. Nous accompagnons monsieur SG vers le lit et nous l’ entourons pendant qu’il boit. Puis il sourit de nouveau et dit : "c’est moins amer que je pensais" puis il baille, s’allonge et ferme les yeux. Deux minutes après, il est mort.
Elke appelle la police et le médecin légiste qui signent le "Nihil obstat" c'est à dire le permis d'incinérer...
Nous restons un moment avec ses amis qui sont tristes, bien sûr… La mort d’un proche est forcément triste, mais lui est parti tranquillement, un sourire aux lèvres…
En France, il aurait fallu qu’il sombre dans une déchéance totale avant de pouvoir partir.
Quelle raison pouvons nous invoquer pour justifier une telle différence de comportement devant la mort ? Sommes nous aveugles, sourds, idiots ou tout simplement trop paresseux pour réfléchir pour de bon à la fin, à notre fin, à la fin inéluctable de chaque être humain ? Si une mort douce est possible, pourquoi ne pas la permettre ? Ceux qui préfèrent souffrir une longue agonie ont le droit de le faire, mais les autres ? La grande majorité d’entre nous n’a pas du tout envie de souffrir. Alors ? Pourquoi ce calvaire imposé à Vincent, Chantal, la famille Pierra ?
De quel droit osons-nous décider pour les autres ? Chacun de nous est seul juge du seuil de souffrance qu’il veut ou ne veut pas dépasser. Soyons honnêtes envers nous-mêmes et cessons d’imposer des vérités aux autres auxquelles nous ne faisons que semblant d’adhérer nous-mêmes.
Jacqueline Jencquel
Déléguée nationale de l’ADMD France
08:00 Publié dans Messages d'Adhérent(e)s, Témoignage, Vie de l'association | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : admd, fin de vie, euthanasie, jacqueline jencquel, elke baezner





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